2026-09-22 06:56:30 - L'Observatoire congolais des droits de l'Homme (OCDH) présente ce mardi 22 septembre les conclusions d'une enquête qu'il mène depuis que le président Denis Sassou Nguesso a confié, il y a un an, la lutte contre la criminalité urbaine à sa garde présidentielle. Une opération qui, selon l'ONG, a déjà donné lieu à la disparition de 561 jeunes dont on est toujours sans nouvelle.
Après avoir recueilli pendant un an les témoignages de familles de personnes arrêtées dans le cadre de l'opération « Zéro kuluna » confiée par le président Denis Sassou Nguesso à la Direction générale de la sécurité présidentielle (DGSP) en septembre 2025, l'Observatoire congolais des droits de l'Homme (OCDH) présente son rapport, ce mardi 22 septembre.
L'OCDH y affirme notamment avoir documenté 561 cas de disparitions dans les quatre principales agglomérations du pays - Brazzaville, Pointe-Noire, Dolisie et Nkayi - dans le cadre de cette campagne officiellement destinée à lutter contre ceux qu'on surnomme « kulunas », ou « bébés noirs », - les jeunes bandits urbains - au Congo Brazzaville.
Père d'un jeune homme de 19 ans porté disparu depuis le 22 avril dernier, Dieudonné raconte par exemple avoir été alors réveillé en pleine nuit à son domicile par la DGSP, pensant dans un premier temps avoir affaire à des voleurs. « Les armes crépitaient dans toute la maison : crac crac crac ! C'est là que j'ai allumé la lumière et que j'ai constaté qu'il y avait des militaires avec des cagoules. Je leur lance alors : "Mais qu'est ce qu'il se passe ici ?", et ils me répondent : "Nous sommes de la DGSP" ».
Son fils, qui s'apprêtait à passer le bac, est alors saisi et emmené par la garde présidentielle. « Ils sont sortis. D'autres petits ligotés comme s'ils s'agissaient d'esclaves étaient avec eux », reprend Dieudonné qui n'a, depuis, pas retrouvé la trace de son enfant. « Nous demandons aux autorités que ces enfants soient mis à la disposition du parquet et qu'il y ait des enquêtes sûres pour déterminer de quoi ils se sont rendus coupables. Ce n'est qu'à ce moment là que nous serons tranquilles, car cette situation nous détruit », ajoute-t-il encore.
« Qu'on nous dise la vérité »
Sans nouvelle de son fils depuis presque un an, Julienne, elle aussi, partage cette angoisse. « Je ne fais que pleurer car je ne sais pas ce qu'il va se passer, je ne sais pas où on il a été interné, ni s'il est vivant ou mort [...]. Qu'on nous dise la vérité et qu'on nous dise l'endroit où se trouvent nos enfants car je ne suis pas la seule : il y avait beaucoup de mères quand mon fils a été arrêté. Ils étaient au moins trois garçons. Tous sont partis ».
Dans le sillage de ces témoignages, l'OCDH, lui aussi, appelle les autorités à clarifier le sort des personnes arrêtées et à les remettre entre les mains de la justice. « Nous reconnaissons la légitimité et la pertinence de la lutte contre la criminalité mais l'Observatoire des droits de l'homme rappelle que ce pays a des lois, que ce pays se veut un État de droit, que ce pays a des institutions et des services compétents. Pourquoi alors remettre la lutte contre la criminalité à un corps spécialisé en charge de la sécurité du président et de sa famille ?, interroge ainsi Parfait Moukoko, le président du conseil d'administration de l'OCDH avant de poursuivre : Nous demandons aux autorités de judiciariser l'opération "Zéro kuluna" : que les personnes arrêtées soient jugées devant les tribunaux compétents pour que les uns et les autres aient la possibilité de se défendre. La DGSP doit répondre du lieu de détention des personnes portées disparues et du sort de ceux qui sont décédés. Cinq-cent-soixante-et-une personnes sont actuellement soustraites à la protection de la loi ».
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