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Niger : purges dans l’armée et arrestations après la tentative de putsch contre le régime de Tiani

2026-09-17 03:34:06 - Deux semaines après la tentative de putsch survenue à la fin du mois d’août au Niger, les conséquences se font toujours sentir au sein de l’appareil militaire et de la société civile. Des officiers ont été interpellés, l’ancien chef de l’armée Moussa Salaou Barmou a été limogé et plusieurs civils ont également été arrêtés. Le journaliste Moussa Kaka reste quant à lui porté disparu. Cette vague intervient alors que le pouvoir du général Abdourahamane Tiani réorganise le commandement militaire après la première tentative de putsch officiellement recensée depuis son arrivée au pouvoir en juillet 2023. 

Le commandement de l’armée nigérienne profondément remanié
 
Le pouvoir militaire nigérien poursuit sa réorganisation après les événements de la nuit du 28 au 29 août 2026. Selon Deutsche Welle, l’ancien chef de l’armée, le général Moussa Salaou Barmou, a été placé en résidence surveillée, une information initialement révélée par Africa Intelligence. Quelques jours auparavant, le 11 septembre, il avait été limogé. Aucune raison officielle n’a été communiquée pour expliquer son éviction. Celle ci intervient néanmoins deux semaines après la tentative de putsch qui a ébranlé le régime militaire.
 
Moussa Salaou Barmou occupait une position importante dans le dispositif mis en place après le renversement du président Mohamed Bazoum en juillet 2023. Son remplacement marque donc un changement significatif au sommet de la hiérarchie militaire. Le général de brigade Mamane Sani Kiaou a été nommé à la tête des armées. Il était auparavant chef d’état major de l’armée de terre et a notamment dirigé des opérations contre des groupes djihadistes dans la région de Tillabéry et dans celle de Diffa, selon les éléments rapportés par Deutsche Welle.
 
La nomination intervient alors que le nouveau chef des armées venait d’effectuer une tournée dans les principales garnisons du pays. D’après les médias publics nigériens cités par Deutsche Welle, l’objectif de cette tournée était de « ramener la cohésion au sein des soldats ». D’autres changements ont également été décidés dans l’armée de terre et dans l’armée de l’air.
 
Cette question de la cohésion militaire est centrale depuis la tentative de putsch. Deutsche Welle souligne qu’il s’agit du premier épisode de ce type officiellement recensé depuis l’arrivée au pouvoir d’Abdourahamane Tiani. Le Niger a connu cinq coups d’État, dont celui de juillet 2023 qui avait permis au Conseil national pour la sauvegarde de la patrie de prendre le pouvoir. Selon le média allemand, les événements de la fin du mois d’août ont mis en évidence des tensions au sein de l’institution militaire et entraînent désormais une réorganisation plus large de l’armée.
 
Des dizaines de militaires interpellés après la mutinerie
 
Les autorités cherchent notamment à reprendre le contrôle des unités impliquées dans la mutinerie. Celle ci est partie de la région de Tillabéry avant de gagner Niamey. Cette région constitue un théâtre majeur des opérations militaires contre les groupes djihadistes. C’est également là qu’opère le Bataillon spécial de reconnaissance du Commandement des opérations spéciales, le BSR COS, une unité d’élite créée et entraînée après le coup d’État de juillet 2023 afin de participer à la lutte contre le terrorisme au Sahel.
 
Quelques jours après la tentative de putsch, la télévision publique nigérienne a présenté ce qu’elle a qualifié de « véritable arsenal de guerre » appartenant à ce bataillon. Selon Télé Sahel, des membres du BSR COS auraient utilisé les moyens militaires dont ils disposaient pour menacer l’État. Cette présentation est celle des médias publics nigériens et Deutsche Welle ne fournit pas dans l’article d’éléments permettant de l’établir indépendamment.
 
Hamid Ngadé, présenté par Deutsche Welle comme un opposant au régime d’Abdourahamane Tiani, affirme qu’une quarantaine d’officiers et de sous officiers ont été interpellés. Certains auraient été arrêtés à Bankilaré et d’autres à Téra. Parmi eux figure, selon ses déclarations, le commandant Maïhati, présenté comme le chef présumé de la mutinerie. Il convient ici de conserver cette attribution : ce chiffre et cette présentation du commandant Maïhati proviennent des déclarations de cet opposant cité par Deutsche Welle.
 
Les arrestations ne concerneraient pas uniquement cette unité. Deutsche Welle rapporte, en citant Jeune Afrique, que plusieurs soldats du premier Bataillon parachutiste de Niamey ont également été interpellés. Le capitaine Serge Gabriel, issu de cette unité, avait accusé la France, le Bénin, la Côte d’Ivoire et le Tchad d’avoir été impliqués dans la mutinerie. Là encore, l’article ne présente aucun élément permettant de confirmer ces accusations. Elles doivent donc être considérées comme les déclarations du capitaine et non comme des faits établis.
 
Des civils arrêtés et toujours aucune nouvelle du journaliste Moussa Kaka
 
Les conséquences de la tentative de putsch dépassent désormais les rangs de l’armée. Plusieurs civils ont également été interpellés, sans que les autorités aient publiquement indiqué si ces arrestations étaient directement liées aux événements des 28 et 29 août. Parmi eux figure Kalla Moutari, ancien ministre de la Défense sous la présidence de Mahamadou Issoufou et proche de l’ancien président Mohamed Bazoum. Il a été interpellé dans la région de Maradi. L’ancien ministre des Affaires étrangères Kalla Ankouaro a lui aussi été arrêté.
 
Une autre situation suscite des interrogations : celle du journaliste et responsable d’une radio privée Moussa Kaka. Selon Deutsche Welle, il est porté disparu depuis le 31 août. Ousmane Diallo, chercheur principal sur le Sahel au bureau régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, affirme que personne n’a de ses nouvelles et évoque de « forts soupçons » de disparition forcée ou de détention au secret. Il précise cependant lui même que cette hypothèse reste à confirmer.
 
Ces événements interviennent dans un contexte politique déjà fortement contraint. Abdourahamane Tiani, arrivé au pouvoir à la suite du coup d’État de juillet 2023, s’est vu accorder un mandat de cinq ans renouvelable et les partis politiques ont été dissous. L’ancien président Mohamed Bazoum et son épouse sont toujours détenus sans procès, tandis que d’autres personnalités politiques ou issues de la société civile restent emprisonnées.
 
Amnesty International affirme avoir sollicité à plusieurs reprises les autorités nigériennes au sujet des droits humains, sans obtenir de réponse. L’organisation rappelle notamment les demandes internationales concernant la libération de Mohamed Bazoum et de son épouse. Dans son article, Deutsche Welle souligne également que le Niger occupe la 120e place du dernier classement de Reporters sans frontières cité par le média, après une chute de 37 positions, tandis que Freedom House classe le pays comme « non libre » avec une note de 27 sur 100.
 
La tentative de putsch de la fin août apparaît ainsi comme le déclencheur d’une importante recomposition sécuritaire au Niger. Ce qui est établi par les informations rassemblées par Deutsche Welle est une succession de changements au sommet de l’armée, d’interpellations de militaires et de civils et l’absence persistante de nouvelles de Moussa Kaka. Plusieurs éléments essentiels restent cependant inconnus, notamment les motifs précis du limogeage de Moussa Salaou Barmou, les charges éventuellement retenues contre plusieurs personnes arrêtées et les circonstances exactes de la disparition du journaliste. À ce stade, les autorités nigériennes n’ont pas apporté publiquement les réponses permettant de lever ces incertitudes.
 
Article de Etienne Benoit-Enderi/Photo:carte shutterstock-Enderi
 

: Afrique Monde