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21 août 1986: la catastrophe du lac Nyos, au Cameroun

2026-08-21 08:35:54 - Ce jour-là, près de 2 000 personnes périssent intoxiquées au dioxyde de carbone, échappé nuitamment du fond d'un lac qui allait soudainement devenir célèbre : le lac Nyos. À l'occasion de ce triste anniversaire et à l'heure du souvenir, qu'est-ce qu'on a appris et qu'est-ce qui a changé dans notre compréhension du danger que représentent les lacs volcaniques ?

Ce 21 août 1986, au village de Nyos, situé dans le nord-ouest du Cameroun, la journée se passe comme à l'accoutumée : calme et paisible. Les villageois ne se sont pas ménagés dans leur routine quotidienne faite pour certains de travaux champêtres, pour d'autres de convoiement du bétail dans les pâturages les plus verts. Le village héberge un trou béant de près de 210 mètres de profondeur à 1 091 mètres d'altitude, un ancien cratère volcanique au fond duquel se trouve une eau stagnante qui est pour les riverains une simple curiosité de la nature. 

Les habitants n'en sont pas peu fiers. Le site est même catalogué comme un trésor touristique de la région qu'il faut absolument visiter. Nul ne se doute que le destin de cette petite contrée va basculer dans la tragédie au moment où ses habitants rejoignent leur lit, ce soir-là, après une intense journée de labeur. Entre 21h et 22h, des témoins ont rapporté avoir entendu un bruit, comme un glissement de terrain, mais plus probablement un mini-séisme selon les scientifiques, identifié comme le point de départ de la catastrophe. Les couches d'eau profonde riche en gaz du lac vont rapidement remonter à la surface. Du dioxyde de carbone se libère massivement d'un coup, créant un geyser et un énorme nuage blanc. 

Plus lourd que l'air, le nuage de gaz va retomber et s'écouler à flanc de montagne, telle une avalanche invisible, suivant les vallées adjacentes à une vitesse de 60 à 100 km/h. En chemin, le dioxyde de carbone chasse tout oxygène. Les habitants et les animaux surpris dans leur sommeil n'ont aucun moyen de défense, perdent connaissance et s'endorment pour l'éternité en à peine quelques secondes. Les victimes, recensées dans les villages de Nyos, Subum et Cha, se comptent par centaines. 

Le 22 août, les survivants qui occupaient les villages situés en hauteur découvrent un décor de mort et de désolation. Un reporter de la CRTV, envoyé sur les lieux, évoque « une pesante enveloppe de silence », pas un bruit, comme si tout avait arrêté de vivre, y compris la nature elle-même, sur une surface de 25 km2 à la ronde. Les caméras de télévision ont capté des images du bétail, des insectes, des oiseaux et d'êtres humains gisant partout, inanimés. Le bilan final fera état de la mort de 1 746 personnes et de 3 500 animaux. 

Qu'a-t-on appris depuis la catastrophe ? 

Quarante ans après la catastrophe, « le lac Nyos n'est plus dans la situation de danger extrême de 1986, mais il n'est pas non plus devenu un lac ordinaire », indiquent les spécialistes. Le principal risque a été fortement réduit grâce au dégazage artificiel, mais l'entretien et la surveillance du système restent essentiels. 

Mais dans un premier temps, la communauté scientifique a d'abord cherché à comprendre comment le lac avait pu accumuler autant de gaz carbonique. Le lac se trouve dans une ancienne structure volcanique. Du dioxyde de carbone provenant du sous-sol continue à pénétrer dans les eaux profondes. La pression élevée à environ 200 mètres de profondeur permet à une quantité considérable de gaz de se dissoudre dans l'eau. 

Le problème est que le lac est très fortement stratifié : les eaux profondes, riches en gaz carbonique, ne se mélangent pratiquement pas avec les eaux de surface. Ainsi, le gaz s'est accumulé pendant des années, voire des décennies. Les chercheurs ont ensuite découvert que le lac continue naturellement à recevoir du dioxyde de carbone depuis le sous-sol. Autrement dit, même après avoir retiré une partie du gaz, le phénomène naturel n'a pas disparu. 

La grande solution : faire dégazer le lac volontairement 

C'est probablement l'aspect le plus remarquable de l'après-Nyos. En 2001, un premier tube de dégazage a été installé dans le lac. Il descend à environ 203 mètres de profondeur. Depuis cette première expérience de dégazage, les mesures scientifiques montrent que la concentration de dioxyde de carbone a considérablement baissé mais que le lac continue à en recevoir naturellement. 

La catastrophe a aussi permis de mieux appréhender les risques liés aux lacs volcaniques. Un lac peut être dangereux sans avoir l'apparence d'un volcan. Avant Nyos, l'idée qu'un lac puisse accumuler suffisamment de gaz carbonique pour tuer des milliers de personnes était assez peu connue.  

En outre, les risques naturels peuvent être invisibles. Nyos a conforté l'idée auprès de la population que le gaz carbonique n'a ni couleur ni odeur. Celle-ci peut donc être exposée sans avoir le temps de comprendre ce qu'il se passe. 

Nyos est aujourd'hui devenu un cas d'école mondial pour l'étude des lacs volcaniques et des catastrophes naturelles liées au gaz. Les recherches menées au Cameroun ont également amélioré la compréhension d'autres lacs qui présentent des caractéristiques similaires. 

Par : Polycarpe Essomba - RFI / Photo: Jeune Afrique

 
 
 

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