2026-06-10 09:17:50 - En interdisant aux entreprises étrangères de commercer avec Cuba, les États-Unis créent un vide. Que l’administration Trump compte bien combler une fois que le régime castriste sera tombé.
À la suite du blocus pétrolier quasi total imposé par les États-Unis le 29 janvier 2026, l’économie cubaine est désormais exsangue. En 2026, son PIB (produit intérieur brut, qui mesure la production de richesses) pourrait baisser de 15 % et le taux de pauvreté atteindre entre 40 % et 45 %.
Le 5 juin, les USA lui ont porté un coup fatal : les entreprises étrangères doivent rompre tout lien économique avec Gaesa sous peine de sanctions. Gaesa pour « Grupo de Administración Empresarial » est un conglomérat appartenant aux forces armées cubaines qui gère stations essence, bureaux de change, supermarchés, télécommunications, ports, mines, banques et des dizaines d’hôtels de luxe…
Il a été « conçu pour générer des revenus non pas pour le peuple cubain, mais uniquement au profit de son élite corrompue » dénonce régulièrement Marco Rubio, le secrétaire d’État américain, descendant d’immigrés cubains et obsédé par la chute du castrisme.
Les entreprises étrangères fuient Cuba
Entre le marché cubain ou les sanctions américaines, les entreprises étrangères ont vite choisi. Depuis samedi, les opérations de paiement avec les cartes Visa et Mastercard sont suspendues à Cuba. Car c’est Fincimex, une entité financière liée à Gaesa qui est chargée de traiter ce type de transactions dans l’île. Nouveau coup dur pour le secteur touristique.
D’autant plus que plusieurs groupes hôteliers internationaux ont annoncé aussi se désengager de la gestion de près d’une centaine d’établissements dans l’île, la plupart associés à Gaesa. Arrivées à Cuba à partir des années 1990, les chaînes étrangères opéraient jusqu’à présent selon deux schémas : la gestion d’hôtels en association avec le ministère du Tourisme ou des accords de gestion avec Gaviota, l’entité touristique de Gaesa. Les groupes espagnols Melia et Iberostar ont cessé de gérer respectivement 15 et 12 hôtels liés au conglomérat militaire, tout en maintenant l’exploitation des établissements qu’ils opèrent avec le ministère du Tourisme. Le groupe canadien Blue Diamond a totalement cessé l’exploitation de ses 62 hôtels à Cuba. De même, le groupe asiatique Archipelago International, qui gérait jusqu’à six hôtels dans l’île sous la marque Aston, a mis fin à ses activités.
Reprendre la place
Quelle est la stratégie américaine ? « Prendre le contrôle de l’économie cubaine », suppose l’autocrate président cubain Miguel Diaz-Canel. Ou plutôt créer un vide et accélérer la chute du régime pour reprendre la place. Rappelons que des multinationales américaines contrôlaient avant la révolution castriste de 1959 90 % des mines, 80 % des services publics et 50 % des chemins de fer.
Après l’annonce des sanctions contre son associée cubaine Moa Nickel, la société canadienne Sherritt, qui extrayait depuis les années 1990 du nickel et du cobalt, s’est retirée de Cuba début mai. Alors que le cours de ses actions s’était effondré, Sherritt signait deux semaines plus tard un accord de rachat de 55 % de son capital par la société américaine Gillon Capital, détenue par Ray Washburne, un proche de Donald Trump. Désormais américaine, Sherritt n’a besoin que d’une dérogation pour opérer sur l’île. Dérogation uniquement délivrée par l’administration Trump.
Par Raphaël Laurent Ouest-France/Photo:Thomas Brégardis / Ouest-France
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