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Afrique du Sud : la violence croissante antimigrants va peser sur les élections locales

2026-06-10 08:51:58 - Torse nu, portant coiffe traditionnelle et brassards en raphia, Phakela Ndabandaba est devenu l'un des visages du mouvement antimigrants en Afrique du Sud menaçant l'ANC au pouvoir à quelques mois d'élections locales. 

"Voilà un an et demi que nous organisons ces marches et nous n'avons jamais tué ni frappé personne", affirme le militant zoulou, alors que les tensions, alimentées par un torrent de haine en ligne, sont tenues pour responsables du meurtre de Mozambicains fin mai, deux selon la police sud-africaine, cinq selon les autorités de Maputo.
 
La multiplication de ces manifestations fait craindre de nouvelles violences xénophobes et pèse déjà sur la campagne pour les élections locales de novembre, lors desquelles l'ANC du président Cyril Ramaphosa risque de subir un nouveau revers après avoir perdu la majorité absolue dans le pays en 2024.
 
"Nous n'avons aucune ambition politique. Nous voulons seulement réveiller nos dirigeants", assurait lundi M. Ndabandaba lors d'une nouvelle manifestation contre les immigrés sans papiers, en tête d'une centaine de partisans armés de bâtons, fouets ou boucliers, chantant: "Nous sommes prêts à agir".
 
Que tant de personnes aient participé à la dernière manifestation à Kwa-Thema, près de Johannesburg, en pleine semaine ouvrée, devrait inquiéter les autorités, selon lui : "Cela signifie qu'elles ne font pas leur boulot", a-t-il lancé aux journalistes.
 
- "Faiseurs de rois" -
 
Auparavant cantonnées au niveau local, les protestations évoluent en "un mouvement national qui dispose manifestement de financements, d'une présence significative sur les réseaux sociaux et d'un ensemble de dirigeants forts qui se battent pour exercer une influence politique", remarque auprès de l'AFP Loren Landau, de l'African Centre for Migration and Society.
 
"Il est financé par des forces politiques internes ou des aspirants qui veulent donner une mauvaise image de l'ANC (le parti au pouvoir) ou soutenir leur propre agenda anti-immigration afin d'accéder à des fonctions politiques", ajoute-t-il. "Chaque jour qui nous rapproche de l'élection, le danger augmente".
 
Pour l'analyste Kingsley Makhubela, même si ces groupes de protestation ne s'alignent pas ouvertement sur un parti, "ils peuvent se considérer comme des faiseurs de rois lors de la prochaine élection".
 
L'expert en gouvernance Tendai Mbanje du Centre pour les droits humains décrit, lui, un "mélange de véritables revendications socio-économiques avec une rhétorique populiste".
 
Avec un taux de chômage supérieur à 30%, des groupes comme celui de M. Ndabandaba ou encore, March and March, Operation Dudala accusent les étrangers de prendre des emplois et des ressources déjà rares.
 
L'Afrique du Sud a connu plusieurs vagues d'émeutes xénophobes au cours des deux dernières décennies, qui ont fait 62 morts dont 21 Sud-Africains en 2008, suivies de nouvelles flambées de violences en 2015 et 2016. 
 
En 2019, des groupes armés ont ciblé des commerces appartenant à des étrangers autour de Johannesburg, faisant au moins 12 morts, dont 10 Sud-Africains.
 
Cette année encore, des ressortissants étrangers ont témoigné avoir été intimidés et battus par des foules allant de porte en porte pour leur ordonner de partir avant le 30 juin, une "date limite" reprise en boucle sur les réseaux sociaux et par M. Ndabandaba.
 
"Je dormais tôt le matin quand des gens sont arrivés et ont défoncé la porte. Ils ont commencé à prendre nos affaires et nous ont pourchassés", a raconté à l'AFP le Malawite Uledi Folloma, 31 ans, hébergé dans une salle commune de la petite ville de Gansbaai au Cap-Occidental, avec des dizaines d'autres étrangers attendant des bus de leurs gouvernements pour les ramener chez eux.
 
Le Ghana, le Mozambique et le Malawi comptent parmi les pays qui ont rapatrié des centaines de leurs ressortissants ce mois-ci. Le Nigeria a annoncé faire de même.
 
Les autorités sud-africaines affirment que la plupart ne disposaient pas de papiers en règle.
 
Jacinta Ngobese-Zuma, la fondatrice de March and March est l'autre figure la plus connue du mouvement. Elle s'est fait connaître l'an dernier en voulant interdire les hôpitaux sud-africains aux étrangers.
 
Cette ancienne animatrice radio de 39 ans, elle-aussi du KwaZulu-Natal, a affirmé n'avoir "aucune envie de faire de la politique" à la chaîne SABC.
 
Le petit parti ActionSA, qui a récolté un peu plus d'un pour cent des voix en 2024, a cependant déjà indiqué qu'il lui ferait volontiers une place dans ses rangs.
 
AFP - Photo: EMMANUEL CROSET/jc-ho-str-br/eba/clr/cpy
 
 
 

: Afrique Monde