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Cameroun: Au Cameroun, les chiffres confirment une « funeste tendance haussière » des féminicides et infanticides

2026-06-03 11:32:18 - Au Cameroun, devant l'émotion suscitée par plusieurs cas récents de violences extrêmes contre des enfants, viols ou meurtres, le gouvernement a organisé le 1er juin une conférence de presse. Il a élargi sa communication aux féminicides et affirme prendre la mesure de la gravité de la situation. Des affaires ont déclenché des manifestations de colère de mères de famille à Yaoundé, comme celle de Joyce, élève de maternelle. Sa mère affirme que l'enfant a été victime d'abus sexuels. Ou encore Divine, 11 ans, violée puis tuée dans un autre quartier de la capitale au mois de mars. Ces crimes augmentent d'année en année, selon les statistiques officielles. 

Cinquante femmes ont été assassinées au Cameroun en 2023, 67 en 2024 et 77 en 2025. Et les chiffres enregistrés depuis le début de l'année confirment cette « funeste tendance haussière », selon le gouvernement, avec de janvier à avril, déjà 50 féminicides, 13 infanticides et de nombreux cas de viols recensés.
 
Mais il ne s'agit seulement la « face visible de l'iceberg », selon les mots de la ministre de la Promotion de la Femme et de la Famille (MINPROFF). Marie-Thérèse Abena Ondoa « déplore la faible dénonciation des cas de violence due à la peur des représailles et de la stigmatisation ». Elle cite les informations issues de l'Enquête démocraphique et de Santé de 2018, selon laquelle 39% des femmes âgées de 15 à 49 ans déclaraient avoir subi des violences physiques, 13% des femmes de la même tranche d'âge des violences sexuelles et quatre femmes sur dix des violences émotionnelles, physiques ou sexuelles causées par leur partenaire.
 
Selon le gouvernement, dans la majorité des cas, les violences sont commises par un proche des victimes – un conjoint, un parent ou un voisin. 
 
Pas de nouvelles mesures
 
Les autorités camerounaises n'annoncent pas de nouvelles mesures, mais listent les dispositifs existants : numéros d'urgence, lieux de protection et bureaux dédiés dans certains unités de police et de gendarmerie. Mais dans les faits, les femmes ne se sentent pas entendues quand elles viennent dénoncer des violences contre elles ou leurs enfants.
 
Mais selon la ministre Ondoa, malgré les efforts engagés, la persistance des crises sécuritaires, l'impunité, la méfiance à l'égard de la justice, le manque de financements des programmes de lutte contre ces violences et la faible harmonisation de la loi camerounaise aux conventions internationales, continuent de favoriser les violences. Elle s'engage « à faire le suivi de l'adoption du projet de loi sur les violences basées sur le genre », texte prêt depuis 2024.
 
Lors de sa prestation de serment pour son huitième mandat en décembre, le président Paul Biya a déclaré que « la situation des jeunes et des femmes serait au coeur de son action ». L'avant-projet de loi sur les violences basées sur le genre élaboré et validé en 2024 par le MINPROFF avec l’appui technique et financier de la Banque mondiale et des Nations unies n’a toujours pas été soumis à l’examen de l’Assemblée nationale.
 
RF I- Photo / AFP-CHARLY TRIBALLEAU (Image d'illustration)
 

: Afrique Monde