2026-05-14 12:10:50 - La présence d’Israël au concours de l’Eurovision fait une fois de plus polémique. Après plusieurs années de menaces de boycott, cinq pays sont passés à l’acte et ont décidé de ne pas participer à l’édition 2026 de l’émission. Parmi eux, l’Espagne, l’Irlande, les Pays-Bas, la Slovénie et l’Islande ont choisi de ne pas envoyer de candidats à Vienne. Et trois d’entre eux (l’Irlande, l’Espagne et la Slovénie) ne diffuseront pas le concours.
«Cinq membres de notre famille manquent cette année, nous les aimons et nous espérons qu’ils reviendront. Nous sommes très clairs : nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour trouver un moyen pour qu’ils reviennent», a réagi Martin Green, le directeur de l’Eurovision, lors d’une conférence de presse à Vienne.
Au total, 35 pays participent au concours dont la première demi-finale s’est tenue mardi soir avec la présentation de quinze premiers pays en compétition. Dix d’entre eux se sont qualifiés pour la finale de samedi soir, dont Israël et son candidat Noam Bettan. La veille de cette finale, vendredi 15 mai, doit par ailleurs se tenir à Vienne un «song-protest», un concert pour protester contre sa participation.
«Ni la joie ni la paix ne prévaudront»
Les annonces de boycott de plusieurs pays s’étaient multipliées après que les membres de l’Union européenne de Radio-Télévision (UER) ont décidé, le 4 décembre dernier, qu’Israël pouvait participer au concours malgré de nombreuses demandes d’exclusion. Ces pays estiment depuis plusieurs années que la présence d’Israël n’est pas acceptable en raison de la guerre menée contre le Hamas dans la bande de Gaza, à la suite du massacre du 7-Octobre. Des suspicions ont également émergé concernant une manipulation supposée du système de vote l’année dernière pour favoriser Israël.
En réalité, ce ne sont pas les pays qui décident de participer à l’Eurovision ou non mais les diffuseurs publics de chaque État. Parmi les pays qui boycottent l’événement, l’absence de candidat espagnol est sans conteste la plus marquante car l’Espagne fait normalement partie des «Big Five», les cinq plus grands pays contributeurs financiers à l’Eurovision. «La situation à Gaza, malgré le cessez-le-feu et l’approbation du processus de paix, ainsi que l’utilisation du concours à des fins politiques par Israël, rendent de plus en plus difficile le maintien de l’Eurovision en tant qu’événement culturel neutre», a estimé dans un communiqué de presse en décembre, le secrétaire général de la chaîne de télévision publique espagnole RTVE, Alfonso Morales.
L’Islande a annoncé boycotter l’Eurovision le 10 décembre dernier à travers un communiqué de la télévision publique islandaise RÚV. «Compte tenu du débat public dans (le) pays et des réactions à la décision de l’UER prise la semaine dernière, il est clair que ni la joie ni la paix ne prévaudront» dans ces conditions, a jugé la chaîne publique.
Diffusion de films palestiniens
À l’automne, le diffuseur néerlandais Avrotros avait estimé que sa «participation n’(était) pas compatible avec (s)es valeurs publiques fondamentales». «Après avoir pesé tous les aspects, Avrotros conclut que, dans les circonstances actuelles, la participation n’est pas compatible avec les valeurs publiques fondamentales de notre organisation», a-t-il affirmé dans un communiqué. De son côté, la RTÉ irlandaise avait expliqué se retirer «compte tenu des pertes humaines effroyables à Gaza et de la crise humanitaire qui continue de mettre en danger la vie de tant de civils».
Enfin, la directrice de télé slovène Ksenija Horvat avait déploré alerter depuis plus d’un an «sur le fait que nous ne pouvons pas partager la même scène qu’un représentant d’un pays responsable du génocide des Palestiniens à Gaza».
Si l’Islande et les Pays-Bas ont décidé de se retirer du concert, ils ont maintenu la diffusion du programme. Contrairement à la Slovénie qui, à la place de l’Eurovision, diffusera samedi soir des films palestiniens sur la chaîne RTV Slovenia.
«L’Eurovision ne doit pas être instrumentalisé»
D’autres pays avaient menacé de boycotter l’Eurovision cette année, sans toutefois passer à l’acte. La télévision belge avait notamment laissé planer un éventuel boycott, avant de confirmer sa participation, vantant «la diversité, l’inclusion et la liberté artistique» du concours.
La France, par la voix du chef de sa diplomatie Jean-Noël Barrot, s’est félicitée «que l’Eurovision n’ait pas cédé aux pressions», ajoutant dans un message sur X que Paris avait «contribué à empêcher un boycott d’Israël». Pour rappel, l’UER est actuellement dirigée par la présidente de France Télévisions, Delphine Ernotte.
Face à tant de critiques, le directeur de l’Eurovision Martin Green a tenu à insister sur le caractère apolitique de cet événement. «Ce ne sont pas les gouvernements qui participent à l’Eurovision, mais les diffuseurs publics et les artistes», a-t-il souligné. Selon lui, au moment de la décision d’exclure ou non Israël, les membres de l’UER «sont vraiment tombés d’accord», leur conviction étant que «le concours Eurovision de la chanson ne doit pas être instrumentalisé en tant que théâtre politique». Le concours doit garder un «certain sens de la neutralité», a-t-il soutenu.
Article de Clara Hidalgo avec AFP agence - Le Figaro/Photo:Lisa Leutner / REUTERS
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