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Nantes: A Nantes, des dentistes mis à pied car ils refusent d’imposer des couronnes « made in China » à leurs patients

2026-05-08 10:02:45 -  dossier incisif - Cinq dentistes d’un cabinet mutualiste nantais ont été mis à pied au cours des deux dernières semaines. La raison ? Ils refusent d’imposer le « made in China » à leurs patients 

Des dentistes « au bout du bout », « sous pression » et menacés de « lourdes sanctions ». Pour la patientèle du cabinet VYV dentaire de Nantes, ce n’est pas le moment d’avoir une carie, ni une bonne vieille rage de dents. « Prendre un rendez-vous cette semaine c’est compliqué », voire impossible, « nous avons deux dentistes sur sept », glisse au téléphone une employée du cabinet sans pouvoir en dire plus.
 
Tous ont été avertis au mois d’octobre : « S’ils ne répondent pas à l’obligation de travailler à 30 % avec des fournisseurs de prothèses dentaires étrangers, ils sont sanctionnés », glisse Anthony Kerdreux, délégué syndical France Ouvrière de VYV3 Pays de la Loire. Résultat ? Cinq d’entre eux ont été mis à pied sur les deux dernières semaines pour ne pas avoir « imposé » aux patients des couronnes ou des implants chinois glisse une source proche du cabinet. 250 rendez-vous ont été annulés sur la période.
 
Les patients se tournent vers les couronnes françaises
 
Début 2025, des salariés normands du groupe mutualistes se plaignaient déjà du passage aux prothèses venues de Chine ou de Turquie. Même combat depuis le printemps 2024 pour des professionnels de santé bretons. Pour le groupe mutualiste, la raison est purement économique -les prothèses sont achetées nettement moins chères mais revendues au prix des Françaises dans le but de sauver la filière. Une justification qui ne passe pas auprès d’une partie de la profession.
 
Au cabinet nantais c’est simple, les dentistes proposent à leurs patients les deux types de couronnes ou d’implants dentaires : les made in China ou les made in France. « Puisqu’il n’y a pas de différence de prix, les patients se tournent majoritairement vers le produit français », explique Anthony Kerdreux. Problème, les 30 % ne sont pas atteints et la direction grince des dents.
 
Conscience professionnelle
 
Pourtant les arguments mis en avant par les praticiens sont nombreux : augmentation de l’empreinte écologique, remise en cause de la liberté de prescription, menace sur la santé des patients dont le suivi nécessite un dialogue rapproché avec le prothésiste, augmentation du taux de marge, perte d’emplois locaux.
 
« Les prothésistes dentaires français se retrouvent dans l’incapacité de concurrencer les tarifs avantageux de ces produits provenant de Turquie, de Chine ou encore de Madagascar et sont obligés d’arrêter leurs activités », pointait du doigt le député républicain de la Loire Jean-Pierre Taite dans une question posée au Journal officiel en mai 2024. « Il semblerait que de plus en plus de dentistes fassent fabriquer les prothèses dentaires à l’étranger pour un prix dérisoire (25 euros la céramique en Turquie) contre 150 en France, pour ensuite les facturer 600 à 900 euros à la Caisse primaire d’assurance maladie (CPAM). »
 
Un modèle économique « indispensable » ?
 
Sollicité par 20 Minutes, VYV3 Pays de la Loire assume sa volonté d’avoir recours aux prothèses importées. En 2025 « 70 % des achats de prothèses (en valeur) provenaient de France », mentionnent-ils, « dans ce cadre, VYV3 Pays de la Loire a, dès 2024, référencé deux laboratoires à l’étranger en complément des partenaires locaux, avec une mise en œuvre progressive » avec ses praticiens. « Cette organisation permet de garantir un modèle économique soutenable, indispensable au maintien d’une offre de soins de proximité, accessible et de qualité », justifie le groupe qui ne souhaite pas commenter la situation actuelle à Nantes.
 
« On a peur que ça nous porte préjudice »
 
Peu convaincus, les chirurgiens-dentistes « ont déjà essayé de faire une grève nationale mais tout le monde n’a pas suivi », affirme un professionnel de la région. Une pétition a également été lancée début 2025, sans succès, « on a peur que ça nous porte préjudice ».
 
A ce sujet, les praticiens du cabinet rue Noire ont sollicité à plusieurs reprises l’Agence régionale de santé (ARS). Dans une réponse consultée par 20 Minutes, cette dernière affirme ne pas être en mesure de régler ce type de litiges. Pour Anthony Kerdreux, il est maintenant question de la « souffrance morale et psychologique » des dentistes. En attendant, la patientèle trinque.
 
Article de Annabelle Rochet - 20 Minutes

: Afrique Monde