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France - Le portrait de Macron décroché à Saint-Denis : afficher le portrait du président est-il une obligation?

2026-05-05 19:27:28 - Le maire LFI de Saint-Denis, Bally Bagayoko, a indiqué avoir décroché le portrait d'Emmanuel Macron de sa mairie. Ces portraits qui sont plutôt une tradition qu'une obligation. En effet, l'histoire jamais une loi n'a été votée rendant obligatoire cette pratique. 

Le nouveau maire LFI de Saint-Denis a décidé de décrocher le portrait du président de la République dans son bureau à la mairie. Bally Bagayoko affirme qu’il a mis ce portrait “dans un coin”. Il se justifie en disant que ça n’est pas “un manquement républicain”. Puisque d’après lui “le manquement républicain est du côté de l’Etat qui ne corrige pas les inégalités”.
 
Afficher le portrait du président dans une mairie n’est pas obligatoire. Une loi de 2023 l’avait envisagé, mais elle n’est jamais entrée en vigueur puisqu’elle n’a jamais été examinée par les sénateurs. En soi, rien de répréhensible dans ce que fait le maire de Saint-Denis. Mettre le portrait du président en mairie, ça relève de la tradition plutôt que de l’obligation. Mais il faut bien admettre que ce que fait Bally Bagayoko est très rare.
 
Cette tradition commence au XIXe siècle, après la Révolution française. Le premier chef d’Etat à mettre des bustes et des portraits de lui dans les mairies, les préfectures, c’est un roi qui s’appelait Louis-Philippe, et qui a régné de 1830 à 1848. Mais à l’époque, afficher ses bustes et ses portraits, ça n’était pas un culte de la personnalité. L'objectif était plutôt de montrer que le roi contrôlait le fonctionnement des institutions. Quand son portrait était dans une mairie, ça voulait dire que symboliquement, le chef de l’Etat veillait sur ce qu’il se passait. C’était donc plutôt vertueux.
 
Un rituel républicain
 
Le premier président élu au suffrage universel, c’est Louis Napoléon Bonaparte, en 1848. Là, on fait attention à ne mettre son portrait nulle part, pour montrer qu’un président, c’est une personne comme tout le monde. Sauf que ce président va devenir empereur, sous le titre de Napoléon III. Et lui va être le premier chef d’Etat à réaliser un portrait photographique officiel de lui. L’usage, ça sera de mettre la photo dans les mairies et lieux publics. Mais sans obligation légale. Et quand la République revient, étonnement, la pratique ne change pas.
 
Au début des années 1870, c’est le début de la IIIe République. Et le premier président de cette République, il s’appelait Adolphe Thiers. Une des premières choses qu’il va faire, c’est un portrait officiel. Où il est en costume, avec la main posée sur un livre. Le livre va d’ailleurs devenir un incontournable des portraits officiels. On met sa photo dans les mairies, mais là encore, ce n'est pas une obligation. C’est un rituel républicain.
 
En fait, ça n'a jamais été obligatoire de mettre la photo du président dans les mairies à part une seule fois. Et ce n'était pas l’époque la plus glorieuse de la France. Pendant l’occupation, en 1940, le chef de l’Etat français, est alors le maréchal Pétain. Une loi va imposer son portrait dans toutes les mairies et tous les bâtiments publics. C’était un véritable culte de la personnalité. Le régime de Vichy n’était d’ailleurs pas une République, c’était devenu un régime autoritaire. Et depuis, ça ne s’est plus jamais reproduit.
 
Article de Arthur Chevallier - RMC / Photo: (illustration) Alain Jocard - AFP

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