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Madagascar: Un agent diplomatique expulsé, un ex-militaire incarcéré . la crise s’emballe entre Madagascar et la France

2026-04-30 12:06:47 - En l’espace de vingt-quatre heures, les relations franco-malgaches ont basculé dans une zone de turbulences. Antananarivo a déclaré persona non grata un agent de l’ambassade de France, tandis que la justice malgache a inculpé un ancien militaire français accusé de complicité dans un projet de déstabilisation du régime. 

Pour comprendre la crise actuelle, sans doute faut-il remonter au 14 octobre 2025. Ce jour-là, le colonel Michaël Randrianirina s’empare du pouvoir à Madagascar, après des semaines de révolte menée par la jeunesse du mouvement dit « Gen Z » contre le président de la République de Madagascar Andry Rajoelina. Ce dernier avait été exfiltré par un avion français après des semaines de révolte de la jeunesse, un épisode qui a immédiatement nourri les soupçons des nouvelles autorités à l’égard de Paris.
 
Dans les mois qui suivent, le Gouvernement de la Refondation, c’est le nom que se donne la junte militaire, opère un spectaculaire pivot diplomatique. Le colonel Randrianirina est reçu par Vladimir Poutine en février au Kremlin, avec la signature à la clé d’un accord de coopération ratifié par les présidents des deux pays le 19 février.
 
Début avril, Madagascar a reçu une troisième livraison d’armes et d’équipements militaires envoyés par la Russie en 2026. Ce rapprochement accéléré avec Moscou forme le fond géopolitique de la brouille avec la France.
 
Un complot présumé contre le président de Madagascar
 
C’est dans ce contexte instable que la justice malgache révèle, début avril 2026, l’existence d’un présumé complot visant à renverser — voire à assassiner — le chef de l’État. Le 2 avril 2026, le parquet d’Antananarivo inculpe onze personnes soupçonnées d’implication dans une tentative d’assassinat du président de la Refondation. L’instigateur présumé serait le médecin colonel Patrick Rakotomamonjy.
 
Cet officier est une figure connue dans le pays. Activement recherché depuis plusieurs semaines pour sa participation à un projet présumé de coup d’État contre le président Randrianirina, le colonel Patrick Rakotomamonjy est arrêté le 16 avril. Il s’en était pris au régime de transition en l’accusant de corruption dans une série de vidéos devenues virales.
 
Le parquet d'Antananarivo présente aux médias un dossier d’une ampleur considérable. Au total, treize personnes sont soupçonnées d’implication dans une tentative d’assassinat visant le chef d’État ainsi que dans un projet de coup d’État.  Parmi les mis en cause figurent des personnalités très diverses, dont les noms sont révélés par le site Africa Intelligence : un ancien chef par intérim du Fonds souverain malgache, un avocat, un ancien maire, une présidente d’organisation patronale, ainsi qu’une chirurgienne orthopédiste exerçant en France, interpellée à son arrivée sur le territoire malgache.
 
Guy Baret, un ancien militaire français reconverti
 
Le dossier prend une dimension nouvelle avec l’arrestation, également le 16 avril, d’un ressortissant français. Guy Baret, un ancien militaire reconverti dans le recouvrement de dettes à Madagascar, est poursuivi pour « association de malfaiteurs », « diffusion de fausses nouvelles destinées à troubler l’ordre public », « recel de personnes recherchées par la justice » et « projets de destruction de biens publics », afin de provoquer des coupures d’électricité.
 
La vice-procureur Nomenarinera Mihamintsoa Ramanantsoa précise les faits dans une déclaration vidéo diffusée le 29 avril : les suspects sont accusés d’avoir comploté pour saboter des infrastructures, notamment des lignes électriques et des centrales thermiques exploitées par la société publique Jirama, d’avoir hébergé des personnes recherchées, et de s’être livrés à une association de malfaiteurs.
 
Placé en détention provisoire, Guy Baret est soupçonné selon Al Jazeera d’avoir orchestré cette tentative de déstabilisation avec le médecin colonel Patrick Rakotomamonjy.
 
Expulsion d'un agent de l’ambassade de la France
 
Quelques heures avant l’annonce de l’inculpation de Guy Baret, un autre coup de semonce est tiré en direction de Paris. Les autorités de Madagascar annoncent le mardi 28 avril l’expulsion d’un agent de l’ambassade de France à Antananarivo. Le ministère malgache des Affaires étrangères indique avoir déclaré cet agent « persona non grata » en raison d’agissements jugés incompatibles avec son statut diplomatique.
 
La presse malgache apporte une précision importante sur l’identité fonctionnelle du mis en cause : il s’agit du responsable des services de la représentation nationale française en charge de la coopération avec les forces de la gendarmerie. Le Français est poursuivi par la justice pour « des actes de déstabilisation impliquant des ressortissants malgaches et étrangers ».
 
L’affaire serait liée à plusieurs arrestations, notamment celle du colonel Patrick Rakotomamonjy et de membres du groupe Gen Z, qui auraient échangé avec l’officier français via des discussions sur WhatsApp, dans lesquelles auraient été évoquées des actions jugées sensibles par les autorités. Le gouvernement malgache évoque des investigations en cours sur une affaire de sécurité nationale.
 
Paris dément catégoriquement
 
Le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Pascal Confavreux, déclare que la France rejette « catégoriquement » toute accusation de déstabilisation du régime malgache, qualifiant ces accusations de « non seulement infondées, mais aussi incompréhensibles ».
 
L’ambassade de France avait déjà pris la peine de démentir formellement les rumeurs concernant une implication française dans une tentative de déstabilisation. Ces rumeurs circulant sur les réseaux sociaux faisaient état de l’arrivée de présumés mercenaires français sur l’île, des accusations restées sans preuve concrète.
 
Le journal Le Monde souligne que ce communiqué de l’ambassade pose la question de « l’origine et les motivations » de ces affirmations destinées à « nuire aux relations entre la France et Madagascar », sans nommer la Russie.
 
Une crise aux ramifications encore floues
 
Pour l’heure, rien ne permet de trancher entre les deux théories poussées respectivement par Madagascar et la France : d’un côté le complot réel contre le régime de la Refondation, de l’autre une instrumentalisation politique destinée à légitimer l’autoritarisme de la junte.
 
L’île Rouge, dirigée par des militaires depuis octobre, réévalue ses relations internationales en se rapprochant de la Russie, fournisseur d’armes historique de l’armée, tout en s’éloignant de la France, son ancienne puissance coloniale.
 
Article de Zinfos974

: Afrique Monde