2026-03-01 20:07:13 - Malgré les polémiques et les désaccords profonds, la gauche arrive (encore) à se retrouver sur des positions communes. Après les frappes menées par les États-Unis et Israël, samedi 28 février, sur plusieurs villes en Iran, nombreux sont les responsables progressistes français à avoir condamné ces bombardements décidés en dehors de tout cadre international.
Très vite sur son compte X, Fabien Roussel, le secrétaire national du PCF, a exprimé son « soutien total au peuple iranien, en étau entre la dictature des mollahs, les provocations de Netanyahou et la politique guerrière de Trump », rappelant que « l’avenir appartient aux forces démocratiques du pays, pas aux ingérences ni aux tyrannies ».
Le lendemain, dans un nouveau message, il a détaillé sa position : « Si personne ne va pleurer la mort de dirigeants iraniens qui ont martyrisé leur peuple, nous condamnons avec force ces frappes contre l’Iran qui vont conduire à déstabiliser la région et l’économie mondiale jusqu’en France avec une hausse du coût de l’essence. Trump cherche la fin du régime iranien et à prendre la main sur le pétrole pour en priver la Chine. Il ne fait que provoquer un grand chaos. »
« Qui va le remplacer ? » s’interroge Faure
Une analyse partagée par Olivier Faure, le premier secrétaire du Parti socialiste. Dans un long message sur les réseaux sociaux, le député de la Seine-et-Marne expose les différentes questions que pose cette opération militaire israélo-américaine.
« Qui va le (Ali Khamenei) remplacer ? Que feront les sanguinaires Gardiens de la révolution ? Résisteront-ils au prix d’une guerre civile à ce peuple qui crie « femme, vie, liberté » ? (…) Quels sont les véritables buts de guerre de Trump derrière les déclarations vertueuses sur la libération d’un peuple opprimé ? Qui peut sérieusement croire que le régime tombera de lui-même sans intervention au sol ? Pourquoi les Gardiens de la révolution abandonneraient-ils volontairement un pouvoir dont ils sont les premiers bénéficiaires ? Que fera Trump si une nouvelle répression succède aux bombardements ? Avec quel régime est-il disposé à transiger ? », interroge-t-il.
Surtout, si au sujet du « bourreau Khamenei », le socialiste indique que « nous ne pleurerons pas celui qui, sans trembler, a fait tirer sur la courageuse jeunesse iranienne pour conserver son pouvoir », « il est urgent que le processus de transition soit placé sous l’égide des Nations unies afin d’éviter que le chaos ne succède à la tyrannie. L’Europe, dernière puissance d’équilibre, doit y mettre toute sa détermination », défend-il.
Le nécessaire retour au droit international
Ce dimanche 1er mars, au micro de France 3, Marine Tondelier, la patronne des Verts, a, elle, fait entendre une musique un peu différente en refusant de se réjouir de la mort du Guide suprême iranien. « Quand on veut s’en prendre à un dictateur, il faut le juger, pas le tuer, je crois beaucoup dans le droit et la justice », a-t-elle dénoncé.
Sur le reste en revanche, l’écologiste défend elle aussi le nécessaire respect du droit international : « La manière dont s’y prennent les États-Unis est inacceptable, il nous reste une boussole dans ce monde c’est le droit international (…) Des bombardements ça peut déstabiliser un régime, mais ça ne démocratise pas un pays. »
La veille, les Écologistes ont publié un communiqué allant dans le même sens, exposant que « toutes les opérations de ce type conduites récemment par les États-Unis se sont soldées par des délitements d’État dramatiques pour les populations civiles et souvent pour les minorités dans les pays ciblés », raison pour laquelle « on ne défend pas les droits humains en piétinant le droit international ».
Une analyse relativement proche de celle déployée par Jean-Luc Mélenchon, le chef de file des insoumis, pour qui « la mort d’Ali Khamenei, bourreau du peuple iranien, ne justifie pas les moyens qui l’ont provoquée. Enlever ou assassiner les dirigeants dont on combat la politique reste la négation de tout droit international », écrit-il sur X.
Dans ce même message, le triple candidat à la présidentielle pointe également cette « guerre des États-Unis et d’Israël (qui) a lieu sans autre mandat que la volonté suprémaciste de Trump et Netanyahou. Cette guerre ouvre un nouveau cycle de violences et d’escalades régionales et mondiales. C’est une guerre contre le droit international. »
Même Raphaël Glucksmann, député européen et fondateur de Place publique, s’est ému de ces frappes, notamment parce que « l’histoire récente nous a enseigné que des actions militaires en dehors de tout cadre légal international pouvaient conduire au chaos (…) il est hors de question pour nous de faire confiance à Donald Trump et à Benyamin Netanyahou pour soulager les souffrances du peuple iranien ». Raison pour laquelle, le presque candidat à l’élection présidentielle, appelle « à un cadre multilatéral pour la suite et à souligner que l’avenir de l’Iran appartient aux Iraniens et à personne d’autre ».
Article de Bruno Rieth - L'Humanité
: Afrique Monde

