2026-02-21 23:13:10 - Quatre-vingts prisonniers politiques ont été libérés samedi à Caracas, au Venezuela, dans le cadre d’une amnistie accordée à 379 personnes, a déclaré le président du Parlement Jorge Rodríguez à l’AFP. Cette libération intervient après que la justice vénézuélienne ait accordé la liberté à 379 prisonniers politiques à la suite de l’adoption de cette loi d’amnistie.
Cette décision, promise par le gouvernement intérimaire à la suite de la capture de l’ancien président Nicolas Maduro par les États-Unis, avait été annoncée tard dans la nuit de vendredi par le Parlement. Ces personnes « doivent être libérées et amnistiées entre ce soir et demain matin », avait annoncé le parlementaire Jorge Arreaza, lors d’une interview télévisée, précisant que « le ministère public a adressé aux tribunaux compétents des demandes d’amnistie ». La loi, votée par les députés et promulguée jeudi, avait été promise sous la pression des États-Unis par la présidente par intérim Delcy Rodriguez qui a pris les rênes du pouvoir après la capture du président Nicolas Maduro au cours d’une opération militaire américaine le 3 janvier.
« Nous tendons la main »
Aux abords des prisons, de nombreux proches de détenus politiques attendent depuis dès semaines la libération potentielle de leur proche. « Nous sommes nombreux à savoir que la loi d’amnistie ne concerne pas nos proches », craint Hiowanka Avila, 39 ans, que l’AFP a rencontrée avant cette annonce tardive. Son frère Henryberth Rivas, 30 ans, a été arrêté en 2018, accusé d’avoir participé à une tentative d’assassinat de Nicolas Maduro., « Il ne nous reste qu’à attendre une autre mesure, une grâce peut-être », a-t-elle déploré devant la prison Rodeo 1, à une quarantaine de kilomètres de Caracas, où de nombreux détenus sont des militaires ou des policiers.
D’après l’ONG Foro Penal, 448 prisonniers politiques sont sortis de cellule depuis l’annonce de libérations conditionnelles par le gouvernement intérimaire début janvier mais près de 650 autres croupissent toujours en prison.
Beaucoup de gens laissés de côté
Vendredi, le directeur de Foro Penal, Alfredo Romero, a relevé en conférence de presse que l’amnistie n’était « pas automatique », critiquant la procédure à suivre en justice pour pouvoir en bénéficier. « Le bilan de la loi est négatif » parce qu’elle laisse beaucoup de gens de côté, juge Ali Daniels, le directeur de l’ONG Acceso a la Justicia, qui met en exergue de « graves déficiences structurelles ».
L’opposant Juan Pablo Guanipa, libéré le 8 février après neuf mois de détention pour « conspiration » puis à nouveau arrêté quelques heures plus tard, a annoncé vendredi être complètement libre, son assignation à résidence n’étant plus en vigueur. « Nous allons tous nous battre pour que ce qui vient de commencer devienne une réalité et que nous ayons la démocratie, la liberté pour tous et à égalité ! », a lancé cet allié de la cheffe de l’opposition et Nobel de la paix Maria Corina Machado, devant ses sympathisants réunis à Maracaibo, la deuxième ville du pays, réclamant des élections.
D’Espagne, où il est en exil, Edmundo Gonzalez Urrutia, le candidat de l’opposition qui revendique la victoire à la présidentielle de 2024, a estimé qu’il n’y aurait « pas de réconciliation durable sans mémoire » et sans « réparation ».
Delcy Rodriguez, qui gouverne sous pression américaine, avait promis un amnistie ainsi qu’une réforme judiciaire le 30 janvier. Elle a fait adopter par la voie expresse une nouvelle loi sur le pétrole ouvrant le secteur au privé et a amorcé une normalisation des relations avec les États-Unis, rompues depuis 2019.
Saluant l’amnistie, Madrid a indiqué qu’elle comptait demander à l’Union européenne de lever les sanctions pesant sur la présidente vénézuélienne par intérim.
Le Parisien avec AFP - Photo:PEDRO MATTEY
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