2026-01-24 02:01:43 - En moins d’une semaine, de terribles incendies ont tué plus de vingt personnes et détruit 45 000 hectares dans le centre-sud du pays. Les critiques montent envers l’impuissance de l’État à anticiper des tragédies qui se répètent.
Des flammes meurtrières qui réduisent en cendres des forêts et des quartiers entiers de villes (20 000 sinistrés et 50 000 personnes évacuées), une chaleur écrasante et des visages désolés. Depuis samedi 17 janvier, au moins 21 personnes sont mortes et 45 000 hectares détruits dans des feux qui ravagent les régions de Ñuble et Biobío, dans le centre-sud du Chili ( 20 millions d’habitants).
En termes d’intensité, c’est un méga-incendie comme ceux de 2017, 2023 et 2024 , a commenté le ministre de la sécurité publique, Luis Cordero. La commune de Penco (420 km au sud de Santiago), qui déplore le plus de victimes, n’est qu’à soixante kilomètres de celle de Santa Juana, où treize habitants ont péri dans les incendies de 2023. Et depuis 2017, plus de 1,7 million d’hectares sont partis en fumée.
Les drames se répètent et les critiques ressurgissent envers un État jugé incapable de prévenir ces feux. Le président de gauche Gabriel Boric, qui vit ses dernières semaines de mandat, a exhorté les parlementaires à adopter la loi Incendies forestiers et ruraux : Nous avons signalé l’urgence de ce texte mais rien ne s’est passé.
Un impératif politique
Le texte prévoit notamment de réguler l’étalement parfois des habitations, et ainsi de créer des zones coupe-feu qui manquent cruellement dans le centre-sud du pays où l’industrie forestière est surpuissante.
Mais la loi est bloquée depuis deux ans au Sénat. Les parlementaires s’écharpent sur un article qui interdirait de modifier pour trente ans l’usage d’un sol brûlé par un incendie. Le gouvernement, à l’origine du texte, veut s’attaquer aux projets d’envergure qui pourraient se développer sur des terrains sinistrés. Comme le souligne Jorge Aranda, professeur de droit de l’environnement à l’université de Santiago, il n’est pas rare de voir après chaque méga-feu de forêt des projets immobiliers construits sur des sols brûlés.
Parmi les opposants à la mesure, on trouve le Parti Républicain du président d’extrême droite élu en décembre, José Antonio Kast. Ce dernier s’est engagé à une reconstruction rapide et a déclaré que la politique n’avait pas sa place en ce moment. Les défenseurs de la luxuriante Patagonie chilienne ne sont pas de cet avis. Beaucoup redoutent le 11 mars et la prise de fonction du nouveau chef de l’État qui n’a jamais caché son dédain pour la protection de l’environnement dont les nombreux parcs naturels qui font la fierté des Chiliens.
Magalie LETISSIER notre correspondante à Santiago - Ouest France / Photo: Reteurs
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