2026-01-23 23:38:52 - Après les deux genres sexuels, n’y aurait-il qu’une couleur de peau aux États-Unis ? Une exposition en plein air relatant l’histoire de l’esclavage dans le pays a été démantelée à Philadelphie (Pennsylvanie), s’est indigné ce vendredi le président du conseil municipal d’un secteur de la ville, berceau de la démocratie américaine.
« Il est totalement inacceptable que le service des Parcs nationaux, sous la direction du président Donald Trump et du secrétaire américain à l’Intérieur Doug Burgum, ait démantelé une exposition sur l’esclavage du site de la Maison du Président dans le parc historique national d’Independence », a écrit sur son compte X Kenyatta Johnson. « Le retrait des expositions est une tentative de blanchir l’histoire américaine. L’histoire ne peut être effacée simplement parce qu’elle est inconfortable », poursuit-il, furieux, évoquant un devoir de mémoire à l’égard de « l’héritage complexe des débuts des États-Unis », qui fêteront cette année les 250 ans de leur fondation.
Selon le Philadelphia Inquirer, jeudi, vers 15 heures, un employé du parc, puis trois autres, munis de clés et de pieds de biche, sont venus déposer les panneaux illustrés qu’ils ont ensuite chargés dans une camionnette. En une heure et demie, tout avait été enlevé.
En place depuis 2010
La ville de Philadelphie a de son côté déposé plainte contre le service des Parcs nationaux. La plainte indique que « le service des Parcs nationaux a retiré (jeudi) des œuvres d’art et des panneaux d’information (…) faisant référence à l’esclavage ».
L’exposition intitulée « Liberté et esclavage dans la construction d’une nouvelle nation », était en place depuis 2010 à la « President’s House » de Philadelphie, première résidence officielle du président des États-Unis quand la capitale fédérale se trouvait dans cette ville de Pennsylvanie. Le premier président américain George Washington y a habité avec ses neuf esclaves, à qui l’exposition rend hommage.
Après la suppression des mots « transgenre » et « queer » du site Internet des Parcs nationaux américains concernant le Stonewall National Monument, un lieu emblématique du combat gay pour obtenir l’égalité des droits, au nom de l’existence de deux sexes, masculin et féminin, cette décision de réécriture fait vraisemblablement suite à un décret de président Donald Trump.
« Restaurer la vérité »
Signé en mars pour « restaurer la vérité et la raison dans l’histoire américaine », le décret 14253 ordonne au Département de l’Intérieur de recenser tous les monuments, mémoriaux, statues et plaques commémoratives qui contiennent des descriptions ou des éléments qui « dénigrent de manière inappropriée les Américains du passé ou d’aujourd’hui (y compris les personnes ayant vécu à l’époque coloniale) ». Et d’en gommer toutes les « idéologies partisanes inappropriées ».
L’exposition en place depuis quinze ans est mentionnée en exemple dans le décret. Imputé à l’administration de Joe Biden, l’accrochage sur la Maison du Président a été promu par une organisation qui, accuse le décret, « a fait pression sur les gardes forestiers du parc historique national pour qu’ils laissent leur identité raciale dicter la manière dont ils transmettent l’histoire aux Américains en visite, car l’Amérique serait prétendument raciste ».
Au Philadelphia Inquirer, Michael Coard, leader de la coalition Avenging the Ancestors qui était parvenue à protéger le site contre le décret, a déploré une « abomination ». « C’est une honte, et c’est un euphémisme ! Je ne peux pas dire ce que je pense, car en tant qu’avocat pénaliste, je sais mieux que quiconque à quoi (je m’expose) » , a-t-il dit, ajoutant que « ce qui se passe actuellement est absolument sans précédent dans l’histoire des États-Unis d’Amérique. »
Article de Julie Cloris - Le Parisien / Photo:REUTERS/Hannah Beier
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