2025-12-08 01:28:44 - Un climat tendu, à quelques mois du scrutin présidentiel. Les autorités du Bénin ont affirmé dimanche avoir déjoué un coup d’État, quelques heures après l’irruption dans la matinée de militaires à la télévision affirmant avoir destitué le président Patrice Talon.
Le gouvernement a par la suite fait savoir que la situation était « sous contrôle » et que le président allait « bien ». La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) a, de son côté, annoncé le déploiement de soldats dans le pays. Le Parisien fait le point sur la situation.
Que s’est-il passé ?
Dans la matinée, après des tirs entendus autour de la présidence, à Cotonou - capitale économique du Bénin - huit militaires se présentant comme le « Comité militaire pour la refondation » (CMR), ont annoncé à la télévision publique avoir renversé le chef de l’État.
Ils ont proclamé le lieutenant-colonel Pascal Tigri « président du CMR » et justifié leur tentative de prise de pouvoir par la « dégradation continue de la situation sécuritaire au nord du Bénin », la « négligence envers les soldats tombés au front et leurs familles laissées à leur sort », ainsi que par « des promotions injustes au détriment des plus méritants ». Ils dénonçaient également une remise en cause « déguisée des libertés fondamentales » par le pouvoir.
Quelques heures plus tard, le ministre béninois de l’Intérieur, Alassane Seidou, est apparu à son tour à la télévision nationale pour assurer que le putsch avait été déjoué. « Face à cette situation, les forces armées béninoises et leur hiérarchie, fidèles à leur serment, sont restées républicaines. Leur riposte a permis de garder le contrôle de la situation et de faire échec à la manœuvre », a-t-il affirmé.
L’entourage du président Patrice Talon avait de son côté rapidement indiqué à l’AFP qu’il était en sécurité et que l’armée reprenait le contrôle de la ville. Une source militaire a confirmé que la situation était « sous contrôle » et que les putschistes n’avaient pris « ni le domicile du chef de l’État » ni « la présidence de la République. »
Après cet incident, la capitale est revenue au calme dimanche après-midi et les habitants vaquaient à leurs occupations. Seuls les quartiers de la présidence et du camp militaire voisin de Guézo demeuraient bloqués par les forces de sécurité, ont constaté des journalistes de l’AFP.
Selon des sources militaires à l’AFP, une douzaine de soldats ont été arrêtés. Parmi eux figurent les auteurs de la tentative de putsch, a précisé une source sécuritaire.
Dans quel contexte intervient cette tentative de putsch ?
Patrice Talon doit passer la main en avril lors d’un scrutin présidentiel, après deux mandats à la tête de ce petit pays côtier d’Afrique de l’Ouest à la croissance économique solide, mais miné par des violences djihadistes meurtrières dans sa partie nord. S’il est salué pour le développement économique du Bénin, Patrice Talon est régulièrement accusé par ses détracteurs d’avoir opéré un virage autoritaire dans un pays autrefois salué pour le dynamisme de sa démocratie.
Le dauphin désigné de Patrice Talon, l’actuel ministre des Finances Romuald Wadagni, fait figure d’ultra-favori pour la présidentielle d’avril 2026, le principal parti d’opposition ayant été écarté de la course.
Cette tentative de putsch intervient dans une Afrique de l’Ouest secouée par l’instabilité politique depuis le début de la décennie avec des coups d’État au Mali, au Burkina Faso et au Niger - deux voisins du Bénin -, ainsi qu’en Guinée et plus récemment, fin novembre, en Guinée-Bissau.
L’histoire politique du Bénin a été jalonnée de plusieurs coups d’État ou tentatives, mais le dernier remonte à 1972.
Quelles sont les réactions ?
L’Union africaine (UA) a condamné « fermement et sans équivoque » cette tentative de coup d’État, appelant « tous les acteurs impliqués à cesser immédiatement toutes actions illégales ».
De son côté, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) a également condamné « fermement » une « action anticonstitutionnelle qui constitue une subversion de la volonté du peuple béninois ».
La Cédéao a par ailleurs annoncé dimanche soir déployer des soldats au Bénin. L’organisme régional dit avoir « ordonné le déploiement immédiat d’éléments de la Force en attente », des troupes venant du Nigeria, de Sierra Leone, de Côte d’Ivoire et du Ghana, afin de soutenir « le gouvernement et l’armée républicaine du Bénin » et « préserver l’ordre constitutionnel ». La présidence du Nigéria a confirmé avoir mené des frappes et déployé des troupes.
La France a quant à elle appelé ses ressortissants au Bénin « à la plus grande prudence et notamment à rester confinés », faisant état d’« un contexte à cette heure encore volatil », dans un communiqué publié par le ministère des Affaires étrangères. La France « condamne la tentative de coup d’État » au Bénin et « est mobilisée pour veiller à la sécurité de la communauté française » dans ce pays.
Le Parisien avec AFP - Photo:REUTERS / Charles Placide Tossou
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